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Blandine Scelles
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2010 |
2019 |
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je t'aime carte postale sms
longer tes côtes et entre tes dedans je t'ai vol
d'étourneaux collines échevelées mon cahier ces
mots
extrait Poésunk, ballade 2016 |
Ne pas répondre. Glisser sur. Ignorer le laid et l'insipide. Brouter les fleurs, bleues dans les champs. Se remettre mettre à quatre pattes. Se rabattre les yeux, sur salades vertes, jeunes poussues jaunes de pissenlit. Se saouler de verdure, d'art et de trains qui passent, tâchent, qui vaches, ânes et moutons et culs de sac volé. extrait Langue de pute, octobre 2014
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Y est venue au monde pour y coudre et découdre les fils de, saturée, sa mémoire satinée. Y est venue au monde la catin du sens, sans dessus, sans dessous. Y soulever les plis de l'inaccompli. extrait Y a qu'Al, mars 2013 |
nonononononononononononononononononononononononononononononono |
![]() Es-tu mort ? Jamais. Je ne mourrai jamais. Non. Je ne quitterai jamais Non. Non et toujours. Ce jour-là je cesse. En vérité, je le dis. Je ne vivrai plus, je ne vis plus. Janvier 2013
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nononononononononononononononononononononononononononononononononon |
Human beings Ils, sur le départ / en fin de compte / n’arrivent pas / en exil en exosmose / d’ici ou d’ailleurs. Ils, réduits à silhouettes à passage / un mouvement, n’en finit pas / flouté(s) / marchent sur place. Ce qu’il y a devant ce qu’il y a derrière / ne pousse ne tire. Ils, assujettis à la verticale, silencieux. La terre fil de rasoir / coupe les pieds / la terre en marche, ne font que constater / debout disparaissent à peine / vapeurs de terre / ils, n’apparaissent. Aussi sombres que terre, la terre sombre avec constance. Ils, figurent dans le ciel / en transition / obliquent la lumière. Le ciel brossé pleut le temps, l’immoral immortel / pèse, l’humain, une plume, son ombre, un souffle. Ils, poussières du temps. |
Les mots ne sont que des sons, perdus dans l’oreille d’un
sourd. Je ne suis que sourd présage d’un monde en articulation. Textuée depuis
l’aube, je me prends dans le filet de mes ancêtres, sans savoir s’ils parlaient
le même langage. Les bruits restaient incertains. Et moi inatteignable. Lorsque
mes pieds ont creusé la terre, je suis tombée. Sur le sillage, j’ai posé ma
tête. Un vent m’a rayée de la surface, me suis enfoncée. Une pluie fine m’a
dissoute, caresse infatigable, a fait disparaitre plus d’une ombre. Je t’ai
oublié au creux de ma mémoire, me suis assoupie. Je songeais combien il serait
doré, le soleil entre mes doigts, la sombre impression d’un ailleurs. Je
défiais le temps au goût amer, le retins en mon amende. J’enfantais plus que
moi-même, à la lisière du chant. À la pluie faisait place l’orage, et le ciel
dans son orgasme, bénit le fruit de mes entrailles. Celui-ci n’avait d’oreilles
que bouches. L’une prédisait, l’autre ressassait. Sa parole était d’oiseaux,
étourneaux en tous sens du vol. Des arbres poussèrent, sur lesquels se poser.
Mais les feuilles déjà mortes, mordorées, les dénudaient de sens. C’est alors
que la mère, s’arrachant une oreille, lui ferma le bec. C’est alors que la
mère, lui clouant le bec, s’arracha à l’inaudible. C’est alors que le monde,
soudain sur ses gardes, la vit se lever. Sacrifier un fils suffit à l’éveil. Sacrifier
la parole à l’autel de la parole. Sacrifier ce qui la prolonge pour n’être
qu’elle-même, un silence étudié. Septembre 2012 |
par leur nomination, silence (et secret). Si le verbe se fait chair, il y a dans la chair, un lieu de silence qui ne peut être nommé. Les mots dénuent les choses leur laissant – la vie sauve. Évanescences, août 2011
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maman dis moi c’est qui l’ennemi entre celui qui a un fusil et celui qui
a un fusil. maman c’est quoi que je ressens de joie quand je sais que le bon va
tuer le mauvais. maman c’est quoi que je ressens comme désir de voir le
mauvais, mort ensanglanté éclaboussé, éclaté. maman c’est quoi que je ressens
comme plaisir de tuer mon voisin. je ne le connaissais que trop, il bouchait ma
vue, il avait parfois de la fièvre, était malade ou un peu fatigué. il n’allait
pas toujours bien et parfois pissait dans mes plates bandes. parfois il me
jetait les poubelles dans la gueule, ou creusait des tombes devant ma porte.
maman, pourquoi celui-là a-t-il atterri dans ton lit ? t’a-t-il
violée ? t’a-t-il seulement baisée de tous les côtés que tu t’es laissée
faire et maintenant tu aimes son sexe ? mais la violence des
poubelles, de la pisse, des tombes qu’en fais-tu ? maman, est-ce qu’il
existe un désir non violent ? extrait Dégage!, avril 2011
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je l’ai tué,
il ne pensait pas comme moi. je lui parlais de liberté et il ne
m’y croyait
pas. il prenait toujours des exemples à côté de la
flaque. moi, j’y ai mis les
deux pieds dedans, ça a éclaboussé partout.
ça n’a pas été facile, croyez pas, il
résistait comme autre, mais moi j’étais sûre
de mon coup.
j’ai frappé droit dans le mur, entre les deux yeux. il ne l’a pas vu arriver. en fait il n’avait jamais vu arriver les coups et celui-là lui a été fatal. en général c’est fatal pour les autres mais là c’était son tour. les tours ça tourne. il me dit que l’histoire ne s’est pas passée comme par cœur je l’ai apprise mais qu’est-ce que ça change à aujourd’hui qu’on en est là, là où on en est et pas ailleurs ? qu’est-ce que ça change de savoir si c’est lui ou elle qui a fait ci ou ça. moi je vois ce que je vois et ça me suffit pour savoir ce qui me concerne. je n’aime pas les entourloupes à chercher, que eux se débrouillent avec les eux que ça intéresse. moi je reste en dehors de tous eux et ça me rend la liberté, je me sens libérée sans par rapport à eux, je n’y laisse pas ma tête s’y prendre. mais là qu’on en parlait, que le silence se remplissait de plus en plus, j’étais mal à l’étroit de sa pensée, au bout de son impasse, dans l’impensé, dans une histoire autant apprise par cœur mais sans cœur. il y a des moments où il n’y a plus rien à se dire tellement on parle à quelqu’un de vivant on ne sait pas comment, tellement on évolue dans un autre monde, on utilise une autre langue, où tellement l’intelligence est loin dans les neurones qu’elle n’arrive pas à faire surface dans les mots. c’est dur de voir quelqu’un se noyer dans ses manques. d’ailleurs au début, c’est ce que je voulais faire de l’aider à s’en sortir à les en sortir de leur torpeur les neurones, je voulais y faire une brèche pour y amener la lumière, mais ça fumait déjà trop là-dedans que moi j’étais asphyxiée. j’étais si froide moi comparée à son état, si froide tellement il n’y avait pas eu de voyage interlectuel entre nos deux lecteurs du monde. c’est qu’il me montrait son monde comme si c’était le mien, mais n’en voulais pas. moi je suis bien comme je suis dans mon monde. confortable, me sens forte et libre. la vérité me saute aux yeux quand je me sens prête, parfois je les garde plissés plusieurs jours ou années. mais lui voulait me maintenir les paupières allumées. alors je lui ai mis un bon coup, son crâne s’est ouvert en deux. je n’aurai jamais cru que c’était si simple. au début, avec la fumée, j’ai pensé à ma bagnole et puis les deux yeux se sont disjoints et ont enfin pu se diriger dans des directions différentes, plutôt que de loucher sur la même chose pour se convaincre que l’histoire n’est pas comme ça. il accédait à une double histoire puisque ces deux yeux étaient libres l’un de l’autre. il a pris sa tête entre ses deux mains et à pleuré d’un côté et ri de l’autre. j’ai compris qu’il avait vu le passé et l’avenir en même temps. je ne sais ce qui l’a fait pleuré si c’est l’un ou l’autre. je ne sais ce qui l’a fait rire, mais en tous les cas quand j’ai rouvert les yeux, c’est sûr qu’on y voyait plus clair tous les deux. lui avait fait le choix de mourir et moi de vieillir. 21 décembre 2010 |
Qui es-tu pour prendre mon secret ?
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l'envie décousue malgré la terre malgré l’attente de la terre. |
passe le temps panse les douleurs pensent l'impensable amour d'une fille pour son père. de
l’oreille à la
bouche silencieuses d’actes
cachés trop
lourds pesés entre toi
entre moi trop
rapide trop rapt trop aride d’être dans la
confidence de ses
propres secrets qui es-tu pour prendre ? mensonges
sans songes con lisse
con plissé complices
complicés compliqués impliqués dupliqué
tu les sais séparés Tu
laissais les mots
vides entre nos deux
différents vus pas si
crus pas comme
une vision de mes
neurones rouges bonbons sucrés
sucrette secrète sécrète je cherche
enfouis ma tête
trou noir dans
toutes les pensées dans tous les hommes dans toutes les pensées des hommes j’écarquille mes yeux
mes oreilles mes quilles je compose
décompose décarcasse me décarcasse sans mal
jamais pas trop si peu si tant et si bien que je
m’écartèle entre eux je cratère entre en
eux te trouver toi savoir comment ça
marche un homme un père comment ça opère sans perte oubliettes
pleines de
violettes de voilé troué je cherche
trouve malheur
mélasse coupée court où plus rien ni personne ne pousse plus rien
plus pluriel
plu ris elle rit elle seule
rit elle gueule
gris grillon rions rirons-nous ? père !
un jour quand ? rirons-nous
quand ? irons-nous
au monde du rire au moment du rire jardins
en fleurs au-delà
des tonnelles tombes tombeaux quand ? nous
prendrons-nous par la main sans honte sans peur de rire une fois et
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